<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"><channel><title>Des Nouvelles du Dehors</title><link>http://nouvelledudehors.canalblog.com/</link><description>chroniques de Sid Ahmed S&#xe9;miane</description><language>fr</language><lastBuildDate>Wed, 14 May 2008 22:54:20 GMT</lastBuildDate><generator>CanalBlog - http://www.canalblog.com</generator><item><title>Le bras qui ne repoussera pas…</title><dc:creator>elho</dc:creator><link>http://nouvelledudehors.canalblog.com/archives/2007/10/09/6482975.html</link><comments>http://nouvelledudehors.canalblog.com/archives/2007/10/09/6482975.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://nouvelledudehors.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6482975/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://nouvelledudehors.canalblog.com/archives/2007/10/09/6482975.html</guid><description>&lt;p&gt;&lt;img width=&quot;450&quot; height=&quot;450&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/20/51/316976/17870175.jpg&quot; alt=&quot;bras_du_5101988_copie&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Azwaw, c’est un peu la terreur des r&#xe9;dactions de journaux. C’est aussi un peu la mauvaise conscience de toute cette presse n&#xe9;e dans la tourmente de la r&#xe9;volution d’octobre. Il sait que c’est un peu gr&#xe2;ce &#xe0; lui que cette presse existe. Au fond de lui, m&#xea;me s’il ne le conceptualise pas de cette mani&#xe8;re, m&#xea;me s’il ne le dit pas, il sait que cette presse lui appartient quelque part, il en est d’ailleurs un des &#xab;actionnaires&#xbb; l&#xe9;gitimes m&#xea;me s’il ne touche pas les dividendes en fin d’ann&#xe9;e et que son nom n’est pas en bas des pages des statuts notari&#xe9;s. Mais qu’importe les notaires et tous les ronds-de-cuir.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Cette presse lui appartient, parce qu’il en a &#xe9;t&#xe9; un des instigateurs malgr&#xe9; lui, avec tous les autres gamins sortis en 1988 dans la rue affronter les chars de l’arm&#xe9;e… m&#xea;me si depuis, disons-le avec toute l’humilit&#xe9; qui y sied, les objectifs &#xe9;ditoriaux des d&#xe9;buts ont &#xe9;t&#xe9; d&#xe9;rout&#xe9;s vers des chemins de traverses o&#xf9; l’&#xe9;quivoque le dispute souvent &#xe0; l’ambigu&#xef;t&#xe9;. Des objectifs parfois moins glorieux que ceux pour lesquels cette presse est n&#xe9;e dans la douleur d’une c&#xe9;sarienne et pour lesquels Azwaw a perdu un bras. Il avait 21 ans en 1988. Le bel &#xe2;ge. Mais le bel &#xe2;ge abdique devant la puissance de feu d’une arme de guerre. C’&#xe9;tait &#xe0; Bab El Oued. Une fusillade. Une panique. Des balles en trop et un bras en moins.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Azwaw &#xe0; le c&#xf4;t&#xe9; aga&#xe7;ant des coureurs de fond. C’est qu’il a du souffle le grand gaillard ! Ce dont nous manquons tristement dans cette profession.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Azwaw, vous &#xea;tes s&#xfb;r de le voir arriver taper aux portes des r&#xe9;dactions quelques jours avant chaque c&#xe9;l&#xe9;bration du 5 octobre. Il prend un cong&#xe9; sp&#xe9;cial. Et se consacre &#xe0; sa t&#xe2;che avec la rigueur d’un asc&#xe8;te. Il est l&#xe0; &#xe0; vous guetter &#xe0; l’entr&#xe9;e des bureaux pour vous rappeler &#xe0; l’ordre m&#xe9;moriel. C’est un peu comme un scripte sur un plateau de cin&#xe9;ma. Sauf que lui n’est pas la m&#xe9;moire d’un film. Il est la m&#xe9;moire d’une trag&#xe9;die. Et cette m&#xe9;moire, il ne la porte pas dans un cahier mais dans sa chair. Son corps. Vous pouvez le rabrouer all&#xe8;grement, il ne s’en offusquera pas et rappliquera avec la m&#xea;me opini&#xe2;tret&#xe9; adoub&#xe9;e d’un sourire en coin qui lui donne un c&#xf4;t&#xe9; enfantin malgr&#xe9; la robustesse de ses 40 ans. Azwaw a la force des arbres centenaires qui r&#xe9;sistent aux vents et aux bourrasques des pantalonnades.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Azwaw aura v&#xe9;cu une moiti&#xe9; de vie avec un bras en moins. Depuis octobre 88. Bient&#xf4;t 20 ans. Il est mari&#xe9;. Il a des enfants. Il travaille. Il conduit. Il ne se laisse pas abattre et refuse de sombrer dans le culte de la victimisation. Il ne cherche pas de logement, un lot de terrain, un local pour ouvrir un commerce ni m&#xea;me une licence de taxi. C’est ce qui le rend admirable. Il cherche &#xe0; vivre dans la v&#xe9;rit&#xe9;. Un statut. 20 ans apr&#xe8;s, Azwaw, et c’est scandaleux, avec toutes les autres victimes des &#xe9;v&#xe9;nements d’octobre, sont consid&#xe9;r&#xe9;s comme victimes d’accidents de travail. Pas victime de la r&#xe9;pression. Il est temps que l’Etat se d&#xe9;barrasse de ses mensonges et reconnaisse ces victimes comme celles de la r&#xe9;pression. 20 ans &#xe0; revendiquer un statut. 20 ans &#xe0; nous rappeler Octobre. 20 ans &#xe0; tenter d’&#xea;tre autre chose qu’un accident&#xe9; de travail. 20 ans &#xe0; lutter pour que l’Etat reconnaisse les faits. C’est tout.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Aujourd’hui le bonheur d’Azwaw, c’est sa petite fille, la toute derni&#xe8;re. Il dit qu’elle aime manger les fruits sur les tartes mais qu’elle laisse la p&#xe2;te feuillet&#xe9;e intacte.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il raconte sa fille et me demande de dire quelques mots pour octobre de cette ann&#xe9;e. Quelques lignes de plus.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Et que dire du 5 octobre encore une fois ? Rien. Parce qu’il n’y a rien de plus cruel qu’un r&#xea;ve qui se transforme en une coutumi&#xe8;re c&#xe9;l&#xe9;bration.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Azwaw continue inlassablement son combat. Il a un coffre dans lequel il a mis de la documentation. Des articles de presse concernant cette p&#xe9;riode. Des coupures de presse, nationale et internationale, qu’un ami journaliste lui a offertes. C’est tout ce qu’il lui reste de cette p&#xe9;riode. Des articles de presse…&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Ce coffre, je l’ai cach&#xe9; au bled. Au village de mon p&#xe8;re, en Kabylie, pas ici…jamais ! Les coupures sont dans un coffre qui a servi &#xe0; prendre les affaires de ma femme lors de notre mariage. Je l’ai confisqu&#xe9; pour la bonne cause&#xbb;, s’amuse-t-il &#xe0; dire.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Son coffre, il ne le garde pas chez lui, &#xe0; Alger. Quand je lui demande pourquoi, il me dit qu’&#xe0; Alger, il a toujours peur d’un tremblement de terre. Il a peur de tout perdre. Il a alors choisi, pense-t-il, une zone antisismique.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Sa fille lui demande r&#xe9;guli&#xe8;rement o&#xf9; est le reste de son bras. Pourquoi il ne sort pas ? Pourquoi il ne grandit pas ? &#xc7;a l’intrigue. Forc&#xe9;ment. Pour elle, le moignon de son papa, c’est un b&#xe9;b&#xe9;.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elle pense que ce bras va grandir un jour comme elle et devenir entier. Elle embrasse souvent ce bras amput&#xe9;. Son petit b&#xe9;b&#xe9; &#xe0; elle. Elle attend que le bras de son papa pousse. Azwaw sait que ce bras ne repoussera pas. Il se dit alors que si je n’ai pas pu sauver mon bras, je pourrai peut-&#xea;tre sauver quelques bribes d’histoires qu’il met dans ce coffre o&#xf9; il cache pr&#xe9;cieusement ses coupures de presse. Un coffre qu’il n’oublie jamais de fermer &#xe0; clef. Un coffre dans lequel il met soigneusement, chaque ann&#xe9;e, du camphre pour &#xe9;viter les moisissures et les termites de l’histoire.&lt;/p&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;SAS&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;mailto:sidahsemiane@yahoo.fr&quot;&gt;sidahsemiane@yahoo.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 09 Oct 2007 18:12:23 GMT</pubDate></item></channel></rss>